TVA sur les travaux : 20, 10 ou 5,5 % — qui décide et qui paie l'erreur
Mis à jour le · 10 min de lecture
En bref
Le taux de TVA d'un chantier ne se choisit pas : il se constate. 20 % par défaut ; 10 % pour les travaux d'amélioration, transformation, aménagement et entretien d'un local à usage d'habitation achevé depuis plus de deux ans (article 279-0 bis du CGI) ; 5,5 % pour la rénovation énergétique (article 278-0 bis A).
L'ancienneté de plus de deux ans s'apprécie à la date de début d'exécution des travaux. Un local professionnel — un cabinet médical est expressément visé par la doctrine fiscale — reste à 20 %, même s'il est ancien.
L'attestation CERFA a disparu : depuis la loi de finances pour 2025, le client certifie directement sur le devis ou la facture que les conditions sont réunies. En cas de taux erroné, l'entreprise est le redevable légal du complément de TVA ; vous n'êtes solidairement tenu que si l'inexactitude vient de votre fait.
Les trois taux, et ce qui les déclenche
| Taux | Pour quels travaux | Fondement |
|---|---|---|
| 20 % | Le taux normal : tout ce qui n'entre pas dans un cas de taux réduit. Locaux professionnels, constructions neuves, extensions, aménagements extérieurs. | Taux normal |
| 10 % | Amélioration, transformation, aménagement, entretien d'un logement achevé depuis plus de 2 ans : main-d'œuvre, matières et fournitures nécessaires, certains équipements (chauffage individuel, cuisine, salle de bains, électricité, alarme). | Article 279-0 bis du CGI |
| 5,5 % | Rénovation énergétique : isolation (murs, combles, planchers, menuiseries performantes), chauffage et eau chaude à énergies renouvelables, VMC, calorifugeage, régulation. Entretien et réparation de chaudières. | Article 278-0 bis A du CGI |
Les deux taux réduits partagent les mêmes conditions d'entrée : le local doit être à usage d'habitation et achevé depuis plus de deux ans, cette ancienneté s'appréciant à la date de début d'exécution des travaux. Le statut de celui qui paie est indifférent : propriétaire occupant, bailleur, locataire, SCI ou syndic, le taux est le même.
Ce qui fait basculer à 20 % sans prévenir
- Une surface de plancher augmentée de plus de 10 %. Au-delà, les travaux sont assimilés à une production d'immeuble neuf : 20 % sur l'ensemble.
- Une surélévation ou une addition de construction, quelle que soit sa taille.
- Une remise à neuf au sens fiscal (reprise de la majorité du gros œuvre, des façades hors ravalement, ou des éléments de second œuvre).
- Les piscines, terrasses et aménagements extérieurs, ainsi que l'entretien des espaces verts.
- Les équipements ménagers et mobiliers : le texte les exclut explicitement.
- Les « gros équipements » listés à l'article 30-00 A de l'annexe IV au CGI : chauffage collectif d'immeuble, climatisation, ascenseurs (sauf ceux destinés aux personnes handicapées), assainissement collectif.
- Les chaudières susceptibles d'utiliser des combustibles fossiles. Depuis le 1er mars 2025, leur fourniture et leur installation sont exclues des deux taux réduits : c'est 20 %, y compris pour les chaudières à condensation. Leur entretien et leur réparation restent, eux, au taux réduit.
Local professionnel : la vraie question n'est pas le taux, c'est la déduction
Sur un local professionnel, tout le monde s'arrête au constat « c'est 20 % ». Or l'enjeu financier n'est pas là : il est de savoir si vous récupérez cette TVA. Sur 200 000 € de travaux, l'écart entre les deux réponses est de l'ordre de 33 000 €.
- Vous exercez une activité soumise à la TVA (bureau, commerce, activité de services assujettie) : la TVA payée sur les travaux est en principe déductible. Les 20 % sont une avance de trésorerie, pas un coût.
- Votre activité est exonérée de TVA — c'est le cas des soins médicaux et paramédicaux (article 261, 4-1° du CGI) : vous ne collectez pas de TVA, donc vous n'en déduisez pas. Les 20 % sont un coût sec, à intégrer au budget dès le premier chiffrage.
- Activité mixte : la déduction se fait au prorata, selon des règles de coefficient qui méritent l'avis d'un comptable avant de signer, pas après.
L'attestation a disparu : ce qui la remplace
Les formulaires CERFA 1300-SD et 1301-SD n'existent plus. L'article 41 de la loi de finances pour 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025) a remplacé l'attestation séparée par une certification portée directement sur le devis ou la facture.
Concrètement, le devis comporte désormais un paragraphe que vous signez, par lequel vous certifiez que les travaux portent sur des locaux à usage d'habitation achevés depuis plus de deux ans, et qu'ils n'ont pas eu pour effet de concourir à la production d'un immeuble neuf ni d'augmenter la surface de plancher de plus de 10 %. Un modèle officiel figure au BOFiP (BOI-LETTRE-000280), mais la formulation n'est pas imposée : seuls les éléments de fond comptent.
Qui paie si le taux est faux
La réponse n'est pas binaire, et il vaut mieux la connaître avant de signer une certification.
- L'entreprise est le redevable légal de la TVA. C'est elle que l'administration redresse, et elle qui doit verser le complément de taxe.
- Vous êtes solidairement tenu au paiement du complément si les mentions portées sur le devis ou la facture s'avèrent inexactes de votre fait — c'est le texte même de l'article 279-0 bis, 3 du CGI. Autrement dit : vous répondez de ce que vous certifiez (l'usage du local, son ancienneté, la surface), pas de la qualification technique des travaux.
- L'entreprise reste seule responsable si elle applique un taux réduit à des éléments exclus (gros équipement, mobilier, chaudière fossile) ou si elle ne détient pas votre certification.
Conservez donc une copie du devis et des factures : l'article 279-0 bis vous impose de les garder jusqu'au 31 décembre de la cinquième année suivant la réalisation des travaux. C'est aussi ce que vous produirez en cas de contrôle. Le même dossier vous servira pour la réception et les garanties.
Ce qui change en 2026 : les références du CGI
L'ordonnance n° 2025-1247 du 17 décembre 2025 recodifie l'ensemble de la TVA du code général des impôts vers le nouveau code des impositions sur les biens et services (CIBS). Les dispositions TVA du CGI sont appelées à être abrogées, et les sources publiques ne concordent pas encore sur la date exacte de bascule : le rescrit publié au BOFiP retient le 1er septembre 2026, tandis que la fiche Légifrance de l'article 279-0 bis affiche une abrogation au 1er janvier 2027. Nous le signalons plutôt que de trancher à votre place.
Ce que cela change pour vous : rien sur les taux ni sur les conditions. Un devis qui cite encore « article 279-0 bis du CGI » reste valable — l'ordonnance prévoit que les anciennes références demeurent utilisables sur les factures jusqu'au 31 décembre 2027, et la doctrine antérieure reste opposable par substitution automatique de références. Vérifiez le taux, pas le numéro d'article.
La check-list avant de signer
- Le devis affiche un total HT, un total TTC et le taux appliqué — sinon vous ne pouvez rien vérifier.
- Tous les devis du chantier appliquent le même taux, ou l'écart s'explique par la nature des postes (un gros équipement à 20 % au milieu d'un lot à 10 %, par exemple).
- La certification que vous signez décrit votre situation réelle : ne certifiez jamais « logement achevé depuis plus de deux ans » sur un local professionnel ou sur un immeuble récent.
- Les lignes exclues du taux réduit (climatisation, mobilier, terrasse) sont isolées et facturées à 20 %.
- Vous gardez le devis signé et les factures cinq ans pleins.
Questions fréquentes
Puis-je demander à mon artisan d'appliquer 10 % au lieu de 20 % ?
Non, le taux n'est pas négociable : il découle de la nature du local et des travaux. Vous pouvez en revanche demander à l'entreprise sur quel fondement elle applique tel taux — et si sa réponse tient à une habitude plutôt qu'aux conditions de l'article 279-0 bis du CGI, il faut la corriger avant signature, pas après.
Mon logement a été achevé il y a 22 mois, puis-je bénéficier du taux réduit ?
Non. La condition est une ancienneté de plus de deux ans, appréciée à la date de début d'exécution des travaux. Si le chantier peut attendre quelques mois, décaler le démarrage suffit à faire passer l'ensemble du lot de 20 % à 10 % — c'est parfois l'arbitrage le plus rentable du projet.
L'installation d'une climatisation bénéficie-t-elle du taux réduit ?
Non : la climatisation figure parmi les « gros équipements » de l'article 30-00 A de l'annexe IV au CGI, exclus du taux réduit. Elle est facturée à 20 %, même dans un logement ancien. La pose et les travaux annexes peuvent en revanche relever du taux réduit s'ils sont distingués sur le devis.
Et si l'administration redresse l'entreprise deux ans après les travaux ?
L'administration réclame le complément de TVA à l'entreprise, qui en est le redevable légal. Elle peut ensuite se retourner vers vous si l'erreur vient d'une mention inexacte que vous avez certifiée — d'où l'importance de ne signer que des certifications conformes à votre situation, et de conserver le dossier jusqu'au 31 décembre de la cinquième année suivant les travaux.
Le taux s'applique-t-il aussi à la main-d'œuvre et aux fournitures ?
Oui, le taux réduit couvre la main-d'œuvre ainsi que les matières et fournitures nécessaires à la réalisation des travaux, dès lors qu'elles sont fournies et facturées par l'entreprise qui pose. En revanche, si vous achetez vous-même les matériaux en magasin, ils vous sont vendus à 20 % : seule la prestation de l'entreprise bénéficie du taux réduit.
Sources
- Article 279-0 bis du CGI (taux de 10 % sur les travaux) — Légifrance
- Champ d'application du taux réduit : conditions relatives aux locaux (BOI-TVA-LIQ-30-20-90-10) — BOFiP
- Travaux de rénovation énergétique au taux de 5,5 % (BOI-TVA-LIQ-30-20-95) — BOFiP
- Exclusion des chaudières à combustibles fossiles des taux réduits (ACTU-2025-00165) — BOFiP
- Modèle de certification à porter sur le devis ou la facture (BOI-LETTRE-000280) — BOFiP
- TVA sur les travaux dans les logements — entreprendre.service-public.fr
Ce guide est une information générale, pas un conseil juridique. Les textes cités évoluent et chaque chantier a ses particularités : pour un litige ou un engagement important, rapprochez-vous d'un professionnel du droit, de votre assureur, ou de l' ADIL de votre département — consultation juridique gratuite sur le logement.
Worklot fait ce travail à votre place
Vos devis sont relus ligne à ligne, les offres d'un même lot se comparent poste par poste, et chaque appel de fonds est confronté à l'échéancier signé. Gratuit pour un chantier, sans carte bancaire.
Ouvrir un chantierÀ lire ensuite
- Comment lire un devis de travaux (et voir ce qui manque)Les mentions obligatoires, les oublis qui coûtent cher, et les cinq lignes à faire ajouter avant de signer.
- Comparer trois devis : la méthode ligne à ligneDu simple au double sur le même descriptif : comment ramener trois offres à un périmètre comparable, avec un exemple chiffré réel.
- Payer une entreprise de travaux : virement, échéancier, et ce qu'il ne faut jamais faireVirement, espèces, faux RIB, sous-traitant impayé : les règles du paiement de chantier et les huit erreurs qui coûtent le plus cher.