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La retenue de garantie de 5 %, expliquée simplement

Mis à jour le · 8 min de lecture

En bref

La retenue de garantie permet de conserver au maximum 5 % du montant des travaux pendant un an après la réception, pour garantir la reprise des réserves. Elle est encadrée par la loi n° 71-584 du 16 juillet 1971.

Deux points que presque personne n'applique : elle n'existe que si elle est écrite au contrat — sans clause, retenir 5 % vous met en tort ; et les sommes retenues doivent être consignées entre les mains d'un consignataire, pas gardées sur votre compte.

L'entreprise peut vous en dispenser en fournissant, pour le même montant, une caution personnelle et solidaire d'un établissement financier. Dans ce cas, vous payez 100 % et la banque garantit la reprise des réserves.

À quoi sert-elle exactement

La retenue de garantie répond à un problème simple : une fois payée en totalité, une entreprise a beaucoup moins de raisons de revenir reprendre trois plinthes mal posées. Retenir une petite part du prix pendant un an conserve un levier — et un seul, celui de l'argent.

Le texte est explicite sur sa finalité : garantir contractuellement l'exécution des travaux « pour satisfaire, le cas échéant, aux réserves faites à la réception ». Ce n'est pas une caisse pour tout et n'importe quoi : elle couvre les réserves, pas un désaccord général sur la qualité, et elle n'a rien à voir avec les garanties légales — voir les garanties après travaux.

Les quatre règles de la loi de 1971

Loi n° 71-584 du 16 juillet 1971, articles 1er à 3.
RègleCe que dit le texte
5 % maximumLes paiements des acomptes « peuvent être amputés d'une retenue égale au maximum à 5 % de leur montant ». C'est un plafond, pas un montant imposé.
Consignation obligatoireLe maître d'ouvrage doit consigner, entre les mains d'un consignataire accepté par les deux parties (ou désigné par le président du tribunal), une somme égale à la retenue effectuée.
Restitution à un anÀ l'expiration d'un délai d'un an à compter de la réception, les sommes consignées sont versées à l'entrepreneur — sauf opposition notifiée par lettre recommandée et motivée par l'inexécution de ses obligations.
Ordre publicToute clause contraire aux articles 1er et 2 est nulle. On ne peut ni monter au-delà de 5 %, ni allonger le délai, ni supprimer la consignation par contrat.
Loi n° 71-584 du 16 juillet 1971, articles 1er à 3.

Qui peut être consignataire ?

C'est la question que le texte laisse ouverte et que presque aucun article ne traite — au point que la clause qu'on vous fait recopier est souvent inapplicable. La loi dit seulement : « un consignataire accepté par les deux parties ou, à défaut d'accord, désigné par le président du tribunal judiciaire ou du tribunal de commerce ».

  • La Caisse des Dépôts est le consignataire de référence des opérations de construction, et c'est elle qui reçoit les consignations obligatoires en contrat de construction de maison individuelle.
  • Un notaire peut recevoir des fonds en séquestre : c'est en pratique la solution la plus simple à mettre en place sur un marché privé de particulier.
  • Un avocat, via la caisse de règlement pécuniaire de sa profession (CARPA), peut également séquestrer des fonds.
  • À défaut d'accord entre vous et l'entreprise, le président du tribunal en désigne un — mais personne ne saisit un tribunal pour 5 % d'un lot de 15 000 €. C'est précisément pour cela que la caution bancaire ci-dessous est, en pratique, la voie la plus réaliste.

Retenez la conséquence pratique : si vous n'avez pas identifié un consignataire avant de signer, ne mettez pas de clause de retenue de garantie dans le devis. Une clause que vous ne pourrez pas exécuter vous mettra en tort le jour où vous retiendrez l'argent chez vous.

La caution bancaire : l'alternative prévue par le texte

La loi précise que la retenue de garantie stipulée au contrat n'est pas pratiquée si l'entrepreneur fournit, pour un montant égal, une caution personnelle et solidaire émanant d'un établissement financier figurant sur une liste fixée par décret.

Concrètement, vous payez l'intégralité de chaque situation, et vous détenez un engagement bancaire mobilisable si l'entreprise ne reprend pas ses réserves. Pour l'entreprise, c'est une trésorerie préservée ; pour vous, c'est une garantie souvent plus solide qu'une consignation — à condition de lire l'acte de cautionnement : son montant, sa durée et ses conditions d'appel.

Comment l'activer, étape par étape

  1. Écrivez la clause dans le devis, avant signature : « Une retenue de garantie de 5 % sera appliquée sur chaque situation, consignée auprès de [consignataire], et restituée un an après la réception conformément à la loi n° 71-584 du 16 juillet 1971. »
  2. Retenez 5 % sur chaque paiement, pas seulement sur le solde — et consignez chaque fois le montant retenu.
  3. Réceptionnez formellement, avec un procès-verbal daté et signé qui liste les réserves. Sans date de réception, le délai d'un an ne démarre jamais (voir réception et réserves).
  4. Suivez la levée des réserves et gardez une trace écrite de chaque relance.
  5. Au bout d'un an : soit vous laissez la somme partir à l'entreprise, soit vous notifiez une opposition motivée, par lettre recommandée, au consignataire ou à la caution.

Le cas particulier de la maison individuelle (CCMI)

Si vous faites construire par un constructeur de maison individuelle sous contrat CCMI, le régime n'est pas celui de 1971 mais celui de l'article R231-7 du code de la construction et de l'habitation : en cas de réserves à la réception, une somme au plus égale à 5 % du prix convenu est consignée jusqu'à la levée des réserves — et non pendant un an fixe.

La Caisse des Dépôts est en pratique le consignataire de référence pour ces opérations. Les deux mécanismes ne se cumulent pas : c'est le type de contrat qui détermine lequel s'applique.

Faut-il vraiment en demander une ?

Réponse honnête : cela dépend de la taille du lot et de votre rapport de force. Le texte de 1971 vise les marchés de travaux privés de l'article 1779-3° du code civil et ne comporte aucune exclusion visant les maîtres d'ouvrage particuliers. En pratique, la retenue de garantie reste surtout utilisée entre professionnels, et beaucoup d'artisans la refusent sur de petits chantiers — sa gestion (consignation, suivi, restitution) coûte à tout le monde.

  • Sur un lot de quelques milliers d'euros : le formalisme dépasse souvent l'enjeu. Un solde payé après réception, contre procès-verbal, joue le même rôle.
  • Sur un lot à plusieurs dizaines de milliers d'euros : elle a un vrai sens, et la caution bancaire est la forme la plus simple à obtenir d'une entreprise structurée.
  • Dans tous les cas : elle se négocie au devis. Réclamée après coup, elle n'a aucune valeur — et retenir de l'argent sans clause vous met en tort.

Questions fréquentes

Puis-je retenir 5 % même si le devis n'en parle pas ?

Non. La loi de 1971 encadre une retenue « stipulée » au contrat : elle organise un mécanisme, elle ne le crée pas d'office. Sans clause, retenir une part du prix est un défaut de paiement, qui peut justifier un arrêt de chantier et des intérêts de retard. La clause se négocie avant signature, jamais après.

Quand la retenue de garantie doit-elle m'être réclamée ?

À l'expiration du délai d'un an à compter de la réception des travaux, les sommes consignées sont versées à l'entrepreneur, ou la caution est libérée. C'est automatique, sauf si vous avez notifié une opposition motivée par lettre recommandée au consignataire ou à la caution avant cette date.

La retenue de garantie couvre-t-elle un problème découvert deux ans après ?

Non : elle est éteinte au bout d'un an. Un désordre découvert ensuite relève des garanties légales — garantie de bon fonctionnement de deux ans pour les équipements dissociables, garantie décennale de dix ans pour ce qui compromet la solidité de l'ouvrage ou le rend impropre à sa destination. Voir les garanties après travaux.

L'entreprise me propose une caution plutôt qu'une retenue : est-ce moins protecteur ?

Pas nécessairement, et c'est expressément prévu par la loi. Une caution personnelle et solidaire d'un établissement financier est même souvent plus solide qu'une consignation, parce qu'elle ne dépend pas de la trésorerie de l'entreprise. Lisez l'acte : montant garanti, durée, et conditions d'appel de la caution.

Que faire si l'entreprise disparaît avant la levée des réserves ?

La somme consignée ou la caution sert exactement à cela : après mise en demeure restée infructueuse, les travaux de reprise peuvent être exécutés aux frais et risques de l'entrepreneur défaillant, dans le cadre de la garantie de parfait achèvement. Si le désordre est de nature décennale, c'est l'assurance de l'entreprise qui est mobilisée — d'où l'importance d'avoir vérifié l'attestation avant le démarrage.

Sources

Ce guide est une information générale, pas un conseil juridique. Les textes cités évoluent et chaque chantier a ses particularités : pour un litige ou un engagement important, rapprochez-vous d'un professionnel du droit, de votre assureur, ou de l' ADIL de votre département — consultation juridique gratuite sur le logement.

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